FINTIScope | La minute macro-économique avec Alexandre Keerhem

Brent au-dessus de 100 $, l’OAT qui dépasse les 4 % : la semaine des seuils critiques 

La semaine du 20 au 26 juillet a vu deux seuils symboliques franchis presque simultanément : le Brent a dépassé 100 $/baril jeudi 23 juillet pour la première fois depuis le début du conflit, tandis que l’OAT 10 ans franchissait le même jour la barre des 4,00 %, son plus haut niveau depuis octobre 2008. La BCE a maintenu ses taux inchangés comme largement anticipé. Le conflit s’est par ailleurs étendu à un nouveau front avec des frappes houthies contre des sites pétroliers saoudiens en fin de semaine. Ce lundi 27 juillet, les marchés intègrent ces développements à deux jours de la décision de la Fed.

Regard sur la semaine passée : 

La semaine s’est ouverte dans la continuité du franchissement des 90 $ sur le Brent, avec une treizième nuit consécutive de frappes américaines sur l’Iran d’ici au 24 juillet, ciblant infrastructures militaires et capacités maritimes. Le point d’inflexion est survenu jeudi 23 juillet : le Brent a dépassé les 100 $/baril pour la première fois depuis fin mai, avant un repli marqué vendredi (~96,5 $, -1,9 % sur la séance), à la suite de déclarations des rebelles houthis relativisant le risque de perturbation en mer Rouge.

Le week-end a toutefois vu l’ouverture d’un nouveau front : samedi 25 juillet, les rebelles houthis du Yémen, alliés de Téhéran, ont visé des sites pétroliers en Arabie saoudite, en riposte à des frappes menées par Ryad. Ce développement étend géographiquement un conflit jusqu’ici concentré sur l’Iran, la Jordanie et le Koweït. Washington a par ailleurs évoqué la possibilité d’une réponse militaire d’une ampleur inédite en cas de poursuite du soutien iranien à des attaques contre le trafic commercial en mer Rouge.

Côté taux, la tension s’est transmise aux souverains européens : l’OAT 10 ans a touché 4 % jeudi 23 juillet, un plus haut depuis octobre 2008, avant de se stabiliser autour de 3,97 % le lendemain. Malgré cette volatilité, le CAC 40 a terminé la semaine en hausse, clôturant vendredi à 8 372 pts (+0,88 %), soutenu par le repli du pétrole en fin de semaine.

Quelques chiffres clés : 

• CAC 40
20/07 : 8 350 pts → 24/07 : 8 370 pts 
• Brent
20/07 : ~90 $/baril → 24/07 : ~96,5 $/baril 
• OAT 10 ans
20/07 : ~3,93 % → 24/07 : ~3,97 %
• Bund 10 ans
20/07 → 24/07 : ~3,13 %
• EUR/USD
20/07 : ~1,1420 → 24/07 : 1,1370

Rappel des taux directeurs en vigueur

Comme largement anticipé, avec une probabilité intégrée par les marchés dérivés supérieure à 90 %, le Conseil des gouverneurs de la BCE a laissé ses trois taux directeurs inchangés le 23 juillet.

Dans son communiqué, l’institution souligne que les perspectives de prix de l’énergie, bien que très volatiles, restent proches du scénario de référence retenu en juin, tout en demeurant largement supérieures aux niveaux d’avant-conflit. La BCE indique surveiller de près l’intensité et la durée du choc énergétique ainsi que ses effets de second tour, sans engagement à l’avance sur une trajectoire de taux.

Côté Fed, la réunion du FOMC (Federal Open Market Committee) se tient cette semaine (28–29 juillet), une échéance à suivre attentivement compte tenu du repli du CPI de juin et de la remontée récente du pétrole, deux signaux contradictoires pour la trajectoire de l’inflation américaine.

Récapitulatif des données clés de la semaine du 27 Juillet 

Agenda à surveiller : Décision FOMC mercredi 29 juillet, Ifo climat des affaires allemand ce lundi, commandes de biens durables US, poursuite des développements en mer Rouge et au Moyen-Orient, saison des résultats T2 (LVMH, Michelin, Safran, Air Liquide notamment cette semaine).

Projections et implications pour les trésoriers : 

Un retour à l’accalmie permettrait au Brent de refluer vers 82–90 $, la prime de risque se réduisant progressivement. L’OAT reviendrait vers 3,75–3,85 %, après le pic symbolique des 4,00 %, tandis que le CAC 40 poursuivrait sa dynamique haussière au-delà de 8 450 pts.

→ Sur le financement, une éventuelle fenêtre de détente pourrait être mise à profit pour avancer des émissions initialement prévues à la rentrée, sans allonger excessivement les maturités avant la décision de la Fed mercredi. Sur le placement, maintenir le biais court terme sur l’ESTR et réévaluer l’allocation vers des maturités 3–6 mois si la détente se confirme sur plusieurs séances.

Le Brent se maintiendrait entre 88 et 105 $, la prime de risque restant élevée sur plusieurs fronts. L’OAT oscillerait entre 3,90 % et 4,05 %, les spreads NEU CP/ECP demeurant sous pression, nécessitant une sélection rigoureuse sur les émissions.

→ Sur le financement, continuer à utiliser les fenêtres d’émission disponibles sans attendre une clarification complète du risque en mer Rouge. Sur le placement, diversifier davantage les contreparties compte tenu de la multiplication des fronts géographiques, en privilégiant les échéances courtes et la liquidité immédiate.

Un blocage durable et une extension en mer Rouge pousseraient le Brent au-dessus de 105–120 $, faisant remonter l’OAT au-dessus de 4,10–4,25 %, avec une hausse des coûts de financement et des tensions de liquidité sur le marché court terme. Le CAC 40 refluerait sous 7 900–8 000 pts avec un retour de la prime de risque systémique.

→ Sur le financement, il convient de sécuriser sans délai toute fenêtre d’émission résiduelle, d’activer les lignes de crédit de précaution et d’anticiper un renchérissement rapide du coût de la dette court terme. Sur le placement, la remontée des taux améliore mécaniquement les rendements des dépôts overnight et OPCVM monétaires, mais la prime de risque de contrepartie bancaire s’élargit également dans un contexte multi-fronts ; il est recommandé de réduire les expositions unitaires et de renforcer le suivi des limites de contrepartie.

Implications pour la gestion de trésorerie 

Cette semaine a produit deux franchissements symboliques qui, pris isolément, appellent à la prudence : un Brent au-dessus de 100 $ et une OAT à 4,00 %, plus haut niveau depuis 2008. Par rapport aux scénarios de la semaine précédente, la semaine a brièvement atteint les seuils bas du scénario 3 lors du pic du Brent au-dessus de 100 $ jeudi, avant un retour au scénario 2 en fin de semaine avec le repli du pétrole et l’accalmie partielle sur le front houthi. Le repli observé vendredi illustre cependant la volatilité intra-semaine désormais caractéristique de ce cycle : le marché semble intégrer une prime de risque durable sans pour autant anticiper une escalade linéaire et continue. L’ouverture d’un front houthi contre l’Arabie saoudite mérite une attention particulière : elle étend la géographie du conflit à un acteur majeur de l’offre pétrolière mondiale au-delà du seul détroit d’Ormuz.

Pour les trésoriers, la décision de la Fed mercredi devient l’événement déterminant de la semaine, dans un contexte où la BCE a confirmé une posture attentiste. Le repli du Brent en fin de semaine ne doit pas être interprété comme un signal de désescalade confirmée : la multiplication des fronts géographiques plaide pour maintenir des scénarios de couverture actifs plutôt que d’anticiper un reflux durable de la prime de risque. Le scénario central reste celui d’une tension multi-fronts sans extension majeure immédiate, avec le seuil des 4,00 % sur l’OAT à surveiller comme niveau de référence pour le marché obligataire souverain.

Spécialistes en gestion de placements financiers

Nos dernières actualités

Retour en haut

Learn how we helped 100 top brands gain success