FINTIScope | La minute macro-économique avec Alexandre Keerhem

Ormuz fermé, premiers morts américains au combat et Brent au-dessus de 90 $

La semaine du 13 au 19 juillet a vu les tensions s’intensifier : neuf nuits consécutives de frappes américaines, des tirs iraniens ayant coûté la vie à deux militaires américains en Jordanie, de nouvelles attaques contre des infrastructures énergétiques koweïtiennes et dimanche une frappe américaine que Téhéran affirme avoir visé une centrale nucléaire en construction. Le Brent a franchi ce lundi 20 juillet la barre des 90 $, une première depuis juin. Les indices actions européens affichent néanmoins une résistance notable. Ce mardi 21 juillet, à deux jours de la réunion BCE, le pétrole se replie légèrement mais reste sur des niveaux élevés.

Regard sur la semaine passée

→ La semaine s’est ouverte dans la continuité des développements du week-end précédent, fermeture formelle d’Ormuz annoncée par Téhéran et contestée par Washington. Dès le 16 juillet, les marchés européens repartaient à la baisse sur fond de poursuite des frappes réciproques et d’une nouvelle attaque iranienne contre une centrale électrique koweïtienne. Le point d’inflexion est survenu vendredi 17 juillet : des tirs de missiles balistiques et de drones iraniens ont visé des positions américaines en Jordanie, tuant deux militaires américains et en laissant un troisième porté disparu, une première depuis le début du conflit fin février. Washington a immédiatement répliqué par une septième, puis une huitième nuit consécutive de frappes, visant sites de surveillance, infrastructures logistiques militaires et dépôts d’armes iraniens. Dimanche 19 juillet, l’organisation iranienne de l’énergie atomique a affirmé que les États-Unis avaient frappé une centrale nucléaire en construction à Darkhovin, tandis que les Gardiens de la révolution annonçaient l’immobilisation de plusieurs navires dans le détroit d’Ormuz. Ce lundi 20 juillet, au terme d’une neuvième nuit consécutive de frappes américaines, le Brent a franchi les 90 $/baril pour la première fois depuis juin, avant de connaître un léger repli ce mardi matin.

Quelques chiffres clés

• CAC 40
13/07 : 8 350 pts → 20/07 : 8 350 pts 
• Brent
13/07 : ~78 $/baril → 20/07 : ~90 $/baril 
• OAT 10 ans
13/07 : ~3,85 % → 20/07 : ~3,95 %
• Bund 10 ans
13/07 : ~3,05 % → 20/07 : ~3,15 %
• EUR/USD
13/07 : ~1,1400 → 20/07 : 1,1420

Quelques faits marquants côté US : 

L’inflation américaine (CPI) de juin publiée mardi 14 juillet a surpris à la baisse : −0,4 % en variation mensuelle et +3,5 % sur un an (contre 4,2 % en mai), l’inflation sous-jacente restant stable. Un signal qui réduit, à court terme, la pression sur la Fed, alors même que la hausse des prix pétroliers de la semaine menace de repousser cette tendance dès les prochains relevés.

Rappel des taux directeurs en vigueur

→ Kevin Warsh a témoigné devant le Congrès le 14 juillet dans la foulée du CPI, tenant un discours prudent : malgré la surprise baissière du rapport, plusieurs responsables, dont Christopher Waller, ont souligné que l’inflation sous-jacente restait préoccupante. La prochaine réunion du FOMC aura lieu le 28 et 29 juillet.

Côté BCE, la réunion du 23 juillet s’annonce comme un statu quo largement anticipé : les marchés dérivés n’intègrent plus qu’environ 10 % de probabilité d’une nouvelle hausse. Le repli de l’inflation sous-jacente et le ralentissement de la croissance européenne plaident pour une pause, la réunion de septembre étant perçue comme l’échéance réellement déterminante. La hausse du Brent au-dessus de 90 $ survient néanmoins à quelques jours seulement de la décision et pourrait influencer le ton de Christine Lagarde sans modifier la décision elle-même.

Récapitulatif des données clés de la semaine du 20 Juillet 

Agenda de la semaine à surveiller : réunion BCE jeudi 23 juillet, résultats T2 des grandes entreprises européennes et américaines, évolution du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz.

Projections et implications pour les trésoriers 

La mort de militaires américains modifie la nature du risque : ce n’est plus seulement un conflit économique par le pétrole, mais un affrontement avec pertes humaines directes côté américain, ce qui accroît la pression politique interne aux États-Unis. Trois scénarios structurent les prochains jours, autour de la décision BCE du 23 juillet.

Bilan de la semaine passée : 

En tout début de semaine, la trajectoire semblait plutôt s’orienter vers le Scénario 1 (Désescalade rapide) du Post 16, avec un Brent qui se maintenait sous les 78 $ et une accalmie relative sur le terrain. Mais le basculement de vendredi 17 juillet (frappes iraniennes meurtrières en Jordanie) a rebattu les cartes : le Brent a bondi jusqu’à franchir les 90 $ lundi, l’OAT est remontée vers 3,90 %, et le conflit s’est déplacé vers le Scénario 2 (Statu quo tendu), sans toutefois atteindre les seuils de stress du Scénario 3 (Brent > 95-110 $, OAT > 3,90-4,00 %, CAC 40 sous 7 900-8 000 pts). Sur le plan géopolitique en revanche, l’intensité de l’escalade (premiers morts américains au combat, fermeture formelle d’Ormuz, neuf nuits consécutives de frappes) dépasse ce que le scénario central anticipait, sans que les prix de marché n’aient encore pleinement basculé vers le scénario dégradé.

Un retour à l’accalmie permettrait au Brent de refluer vers 78–85 $, la prime de risque se réduisant progressivement. L’OAT reviendrait vers 3,65–3,75 %, tandis que le CAC 40 retrouverait un biais haussier au-delà de 8 500 pts.

→ Sur le financement, il convient d’éviter tout arbitrage précipité vers des maturités longues sur la seule base d’un repli ponctuel du Brent — une confirmation de la trajectoire sur deux à trois séances est préférable avant d’agir. Sur le placement, le segment 1–3 mois reste rémunérateur tant que la trajectoire BCE de septembre n’est pas clarifiée.

Le Brent se maintiendrait entre 85 et 98 $, la prime de risque restant élevée et durable. L’OAT oscillerait entre 3,85 % et 4,00 %, les spreads NEU CP/ECP demeurant sous pression, rendant les émissions uniquement tactiques.

→ Sur le financement, il est préférable d’utiliser les fenêtres d’émission disponibles sans attendre une clarification complète de la situation, ces fenêtres pouvant se refermer rapidement en cas de nouvel incident. Sur le placement, gérer la liquidité de façon tactique, diversifier les contreparties bancaires et maintenir les réserves de précaution

Un blocage prolongé d’Ormuz et une extension régionale du conflit pousseraient le Brent au-dessus de 105–115 $, réactivant le risque stagflationniste et faisant remonter l’OAT au-dessus de 4,05–4,20 %, avec une hausse des coûts de financement et un stress de liquidité sur le marché court terme. Le CAC 40 refluerait sous 7 900–8 000 pts avec un retour de la prime de risque systémique.

→ Sur le financement, il convient de sécuriser sans délai toute fenêtre d’émission disponible, d’activer les lignes de crédit de précaution et de diversifier les contreparties. Sur le placement, la remontée des taux améliore mécaniquement les rendements des dépôts overnight et OPCVM monétaires, mais la prime de risque de contrepartie bancaire s’élargit également ; il est recommandé de réduire les expositions unitaires.

Implications pour la gestion de trésorerie 

Cette semaine marque une évolution qualitative du conflit : pour la première fois depuis février, des pertes humaines américaines au combat sont directement imputées à l’Iran, ce qui modifie la dynamique politique interne à Washington au-delà du seul calcul énergétique. Dans le même temps, le CAC 40 affiche une stabilité notable, quasi inchangé sur la semaine malgré neuf nuits de frappes et un Brent au plus haut depuis juin. Cette déconnexion apparente entre l’intensité du risque géopolitique et le comportement des indices actions européens mérite d’être surveillée : elle peut refléter soit un marché qui commence à intégrer une prime de guerre durable, soit une sous-estimation du risque qui pourrait se corriger rapidement en cas de nouvel incident majeur.

Pour les trésoriers, les prochaines 48 heures sont doublement déterminantes : la décision BCE du 23 juillet, où le statu quo est largement anticipé à environ 90 % de probabilité, et la trajectoire du Brent après son passage au-dessus de 90 $. Le CPI américain surprenant à la baisse introduit une variable supplémentaire côté dollar et arbitrages EUR/USD, dans un contexte où l’énergie pourrait néanmoins repousser l’inflation américaine à la hausse dès les prochains relevés. Le scénario central reste le statu quo tendu : préserver la flexibilité et éviter tout arbitrage précipité vers des maturités longues avant confirmation de la trajectoire post-BCE.

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