Frappes au Liban, négociations USA-Iran suspendues et BCE à 72h : une semaine d’incertitudes
La semaine du 1er au 7 juin a été dominée par un triple choc géopolitique : la suspension des négociations USA-Iran par Téhéran lundi suite aux frappes israéliennes sur Beyrouth, le cessez-le-feu Israël-Liban jeudi qui a partiellement restauré l’espoir diplomatique, et ce lundi 8 juin une nouvelle salve d’échanges de missiles Iran-Israël qui propulse le Brent de retour au-dessus des 97 dollars. La BCE rend sa décision dans 72 heures. La hausse de 25 points de base est intégrée à plus de 90 %. Les marchés s’ouvrent en ordre dispersé, dans l’attente d’un signal présidentiel américain sur la suite des négociations.
Regard sur la semaine passée
La semaine s’est ouverte sur un renversement diplomatique brutal. Lundi 1er juin, les médias d’État iraniens annonçaient la suspension par Téhéran des négociations avec Washington, en réaction directe aux nouvelles frappes israéliennes. Trump répondait en déclarant son indifférence quant à l’arrêt des pourparlers, ce qui a immédiatement fait bondir le Brent de plus de 4 % à 95 dollars et provoqué un repli du CAC 40.
Un soulagement partiel est survenu en milieu de semaine. Mercredi et jeudi, Israël et le Liban s’accordaient sur un cessez-le-feu, ouvrant la perspective d’une reprise des pourparlers USA-Iran. Les cours pétroliers ont reflué dans ce sillage, le Brent revenant autour de 96 dollars jeudi avant de glisser vers 93 dollars vendredi. Dans ce même contexte, le Congrès américain votait une résolution pour limiter les pouvoirs de guerre de Trump vis-à-vis de l’Iran, constituant un signal institutionnel inédit.
Quelques chiffres clés
• CAC 40
01/06 → 05/06 : ~8 200
• Brent
01/06 : ~92 $/baril → 05/06 : ~92 $/baril
• OAT 10 ans
01/06 : ~3,59 % → 05/06 : ~3,69 %
• Bund 10 ans
01/06 : ~2,97 % → 05/06 : ~3,02 %
• Treasuries 10 ans
01/06 : ~4,46 % → 05/06 : ~4,53 %
• EUR/USD
01/06 : ~1,1660 → 05/06 : 1,1520
Rappel des taux directeurs en vigueur

→ La BCE n’a pas communiqué cette semaine, mais le marché a continué d’intégrer la hausse du 11 juin comme une certitude, avec une probabilité dépassant désormais 90 % selon les marchés dérivés. Isabel Schnabel avait levé le dernier doute la semaine précédente en affirmant qu’une hausse resterait nécessaire même en cas d’accord de paix immédiat, en raison des dommages durables aux infrastructures énergétiques. Philip Lane a confirmé que la BCE reverra ses prévisions à la hausse lors de la réunion. La détente pétrolière observée en fin de semaine ne suffit pas à modifier le scénario central : avec un Brent encore au-dessus des 90 dollars et une inflation en zone euro à 3,0 %, le mandat de l’institution ne laisse guère de marge.
Récapitulatif des données clés de la semaine du 08 Juin

→ Ce lundi 8 juin, les marchés reprennent dans une configuration dégradée. De nouveaux échanges de missiles Iran-Israël dans la nuit de dimanche à lundi ont relancé la prime de risque géopolitique, poussant le Brent au-dessus de 97 dollars, soit une hausse de 4 % par rapport à vendredi. Dans ce contexte, la décision BCE du mercredi 11 juin devient le seul catalyseur contrôlable à horizon immédiat.
Projections et implications pour les trésoriers
La semaine du 1er au 7 juin a introduit une variable supplémentaire dans l’équation : les frappes israéliennes au Liban ont conduit Téhéran à suspendre les négociations avec Washington, indépendamment de l’évolution du dossier bilatéral USA-Iran. Trump a par ailleurs publiquement exprimé sa frustration à l’égard de Netanyahu lors d’un appel rapporté par Axios. Ce facteur libanais complexifie la cartographie des scénarios de désescalade. Trois scénarios structurent les jours à venir autour de la décision BCE du 11 juin.
Scénario 1 : Accord signé et Ormuz rouvert d’ici fin juin
Si l’accord se concrétise d’ici fin juin, le Brent retomberait vers 75 à 85 dollars, permettant une détente inflationniste rapide et une réévaluation immédiate des anticipations BCE en septembre. L’OAT refluerait vers 3,30 à 3,50 %, rouvrant des fenêtres d’émission très attractives après la hausse du 11 juin. La BCE hausserait ses taux le 11 juin mais pourrait signaler une pause en septembre si l’énergie reflue suffisamment. Le CAC 40 repasserait au-dessus de 8 400 à 8 600 points, avec un fort retour de l’appétit pour le risque.
→ Ce scénario ouvre une fenêtre d’opportunité pour allonger les maturités après la décision du 11 juin et capter des taux fixes avant le retour vers un régime plus accommodant. Sur les placements court terme, la compression des rendements monétaires débuterait dès confirmation d’une pause en septembre, il pourrait être judicieux de profiter des niveaux actuels sur les dépôts 3 à 6 mois encore rémunérateurs pour bloquer du portage résiduel avant que l’ESTR ne se comprime.
Scénario 2 : Négociations en suspension (scénario central)
Dans ce scénario, le plus probable à ce stade, le Brent oscillerait entre 90 et 108 dollars, maintenant l’inflation persistante au-dessus de la cible BCE. La hausse de 25 points de base le 11 juin s’imposerait comme scénario central, maintenant l’OAT entre 3,80 % et 4,00 % et le Bund au-dessus de 3,10 à 3,15 %. Les spreads NEU CP/ECP resteraient sous pression, limitant les émissions à des fenêtres tactiques. Le BFR resterait sous pression, avec une imprévisibilité persistante des flux de trésorerie opérationnels et des coûts énergétiques élevés.
→ Le segment 1 à 3 mois offre encore du portage dans l’attente de la décision BCE. L’ESTR se maintient autour de 1,90 %. La gestion de la liquidité en mode tactique reste l’approche la plus adaptée, avec le maintien de réserves de précaution et l’évitement de toute exposition longue non couverte. Les conditions offertes par les contreparties bancaires méritent une surveillance prioritaire, susceptibles de se tendre si le stress de liquidité s’installe.
Scénario 3 : Escalade confirmée avec reprise des hostilités et blocage du détroit d’Ormuz
En cas de reprise des hostilités et de blocage du détroit d’Ormuz, le Brent dépasserait les 115 à 125 dollars, confirmant le risque stagflationniste. L’OAT dépasserait les 4,00 à 4,20 %, avec des coûts de financement en forte hausse et un stress de liquidité sur le marché court terme. La BCE serait contrainte de relever ses taux en urgence, face à un dilemme insoluble entre inflation et récession. Le CAC 40 passerait sous les 7 500 à 7 800 points, avec un retour de la prime de risque systémique. La hausse de taux BCE améliorerait mécaniquement les dépôts overnight et les OPCVM monétaires, mais la prime de risque sur les contreparties bancaires s’élargirait.
→ Il serait prudent de sécuriser les fenêtres d’émission disponibles, d’activer les lignes de crédit de précaution et de revoir la politique de couverture de change. La diversification des contreparties de dépôt et la réduction des expositions unitaires s’imposeraient, avec une surveillance prioritaire des primes sur les programmes NEU CP.
Pour les trésoriers, la configuration de ce lundi reste délicate. La BCE va hausser ses taux de 25 points de base dans 72 heures. Toutefois, les taux longs, avec une OAT à 3,72 %, sont déjà partiellement en anticipation de cette hausse. Si, simultanément, un accord USA-Iran se matérialisait avant fin juin, l’OAT pourrait revenir vers 3,30 à 3,50 % en quelques séances. À l’inverse, une escalade ferait franchir à l’OAT le seuil des 4,00 % que les marchés testent depuis deux semaines.
L’enjeu immédiat n’est pas de prédire la décision BCE, mais d’anticiper la communication de Lagarde : signalera-t-elle une pause en septembre ou une seconde hausse ? C’est ce message qui déterminera le mouvement de l’OAT dans les 48 heures suivant la réunion, et donc la fenêtre d’émission des prochaines semaines.
Le scénario central reste le statu quo volatil : gérer tactiquement, préserver les réserves et surveiller en priorité le signal de communication BCE du 11 juin ainsi que l’évolution des négociations USA-Iran après la trêve Liban.