FINTIScope | La minute macro-économique avec Alexandre Keerhem

Protocole USA-Iran signé, Ormuz en réouverture et Brent sous 80 $ : la semaine où la prime de guerre s’efface

Regard sur la semaine passée

La semaine s’est ouverte sur la digestion de l’accord préliminaire annoncé le dimanche 14 juin. Lundi 15 juin, le Brent reculait fortement autour de 83 dollars et les Bourses asiatiques s’envolaient, le marché commençant à réévaluer la prime de risque accumulée sur l’énergie.

Le point de bascule est intervenu le mercredi 17 juin, avec la signature à distance du protocole par les deux présidents, entrant en vigueur le jour même. Donald Trump a qualifié le texte de « protocole d’accord » et non de texte final, avertissant qu’il pourrait reprendre les frappes si l’Iran « ne se comporte pas bien ». Il a par ailleurs autorisé la réouverture du détroit d’Ormuz sans droits de passage et la levée du blocus naval américain.

À partir de jeudi, les signaux opérationnels se sont multipliés. Le Commandement central américain a levé les restrictions de trafic vers les ports iraniens, des tankers chargés de brut jusque-là bloqués ont commencé à sortir du détroit, et le Koweït a annoncé une hausse de sa production. Près de 10 millions de barils ont transité ou se sont positionnés près du détroit jeudi, dont les premiers tankers saoudiens depuis le début du conflit.

Le volet libanais a toutefois entretenu l’incertitude. Trois personnes ont été tuées par des frappes israéliennes dans le sud du Liban jeudi, malgré un accord censé mettre fin à la guerre sur tous les fronts. Vendredi 19 juin, Israël et le Hezbollah se sont accordés sur un cessez-le-feu, tandis que les pourparlers prévus en Suisse étaient reportés. Téhéran a par ailleurs indiqué que les navires traversant Ormuz devraient souscrire une assurance obligatoire.

Quelques chiffres clés

• CAC 40
15/06 : 8 450 pts → 19/06 : 8 400 pts 
• Brent
15/06 : ~83 $/baril → 19/06 : ~79 $/baril 
• OAT 10 ans
15/06 : ~3,69 % → 19/06 : ~3,74 %
• Bund 10 ans
15/06 : ~2,95 % → 19/06 : ~2,98 %
• EUR/USD
15/06 : ~1,1610 → 19/06 : 1,1465

Rappel des taux directeurs en vigueur

→ La hausse de 25 points de base décidée par la BCE le 11 juin est entrée en application le 17 juin, portant le taux de dépôt à 2,25 %, le refinancement à 2,40 % et le prêt marginal à 2,65 %. Christine Lagarde a réaffirmé une approche au cas par cas, fondée sur les données et réunion par réunion, sans cap explicite pour la suite. Le repli du pétrole a conduit les marchés à alléger leurs anticipations pour le second semestre. Les opérateurs n’intègrent plus qu’environ 41 points de base de hausses cumulées au second semestre, soit une hésitation entre un et deux resserrements de 25 points de base. Septembre reste le scénario le plus évoqué, mais une partie des économistes n’anticipent plus de seconde hausse cette année. 

Aux États-Unis, le FOMC a maintenu ses taux dans la fourchette 3,50–3,75 % le 17 juin lors de la première réunion présidée par Kevin Warsh. Le communiqué a été nettement raccourci et a retiré les éléments de forward guidance, pour se concentrer sur les données et les objectifs du Comité.

La guidance se lit désormais surtout dans les projections. Le « dot plot » relève la médiane du taux directeur de fin 2026 à 3,8 % (contre 3,4 % en mars), suggérant qu’au moins une hausse est jugée nécessaire cette année. Sur 18 projections soumises, neuf membres anticipent au moins une hausse, huit un statu quo et un une baisse. La prévision d’inflation 2026 a été relevée à 3,6 % en données globales et 3,3 % en sous-jacent.

Récapitulatif des données clés de la semaine du 22 Juin

→ Ce lundi, les cours du pétrole reculent après une première séance de négociations en Suisse au cours de laquelle Washington et Téhéran se sont accordés sur une feuille de route et une ligne de communication destinée à sécuriser le transit dans le détroit d’Ormuz. Cette session, prolongée dans la nuit de dimanche à lundi, a connu des tensions, des délégués iraniens ayant quitté la table après un message de Donald Trump jugé insultant.

Projections et implications pour les trésoriers 

Le protocole signé cette semaine marque une étape qualitativement différente des annonces précédentes : un texte entré en vigueur, un cadre de réouverture d’Ormuz et un calendrier de négociations de 60 jours. Le retour à la normale du trafic dépendra néanmoins du déminage du détroit et de la confiance des armateurs sur la sécurité maritime. L’historique du conflit invite par ailleurs à la prudence. Trois scénarios structurent les semaines à venir.

Si la réouverture du détroit se confirme dans la durée, le Brent retomberait vers 70 à 78 dollars, permettant une détente inflationniste durable. L’OAT refluerait vers 3,40 à 3,55 %, rouvrant des fenêtres d’émission attractives. Une pause de la BCE en septembre deviendrait le scénario le plus plausible si l’énergie reflue durablement. Le CAC 40 repasserait au-dessus de 8 600 points, avec un appétit pour le risque soutenu.

→ Ce scénario ouvre une fenêtre d’opportunité pour allonger les maturités et capter des taux fixes avant un retour vers un régime plus accommodant. Sur le court terme, il pourrait être judicieux de profiter des niveaux actuels sur les dépôts 3 à 6 mois encore rémunérateurs pour bloquer du portage résiduel avant une éventuelle compression de l’ESTR.

Dans ce scénario, le plus probable à ce stade, une prime de risque résiduelle subsisterait tant que le trafic n’est pas normalisé, maintenant le Brent entre 78 et 92 dollars. L’OAT oscillerait entre 3,55 % et 3,75 %, la hausse BCE du 11 juin se digérant progressivement. La trajectoire de septembre dépendrait de l’évolution énergétique des prochaines semaines. Le BFR resterait sous pression, avec une visibilité encore imparfaite sur les coûts d’approvisionnement.

→ Le segment 1 à 3 mois conserve du portage dans l’attente de visibilité, tant sur l’exécution de l’accord que sur la trajectoire BCE de septembre. La gestion de la liquidité en mode tactique reste l’approche la plus adaptée, avec le maintien des réserves de précaution et une surveillance attentive des conditions offertes par les contreparties bancaires.

En cas d’enlisement de la mise en œuvre et de reprise des hostilités, le Brent dépasserait les 100 à 110 dollars, réactivant le risque stagflationniste. L’OAT dépasserait les 3,85 à 4,00 %, avec des coûts de financement en forte hausse et des spreads NEU CP élargis. La BCE maintiendrait un biais haussier en septembre, ravivant le dilemme inflation/croissance. Le CAC 40 passerait sous les 7 800 points, avec un retour de la prime de risque systémique.

→ Il serait prudent de sécuriser sans attendre les fenêtres d’émission disponibles, d’activer les lignes de crédit de précaution et de revoir la politique de couverture de change. La diversification des contreparties de dépôt s’imposerait, avec une surveillance prioritaire des primes sur les programmes NEU CP.

Lecture stratégique

La séquence de cette semaine est la plus avancée depuis le début du conflit : un protocole entré en vigueur, une réouverture d’Ormuz annoncée et des premiers flux maritimes observés. Le Brent a réagi en effaçant l’essentiel de la prime accumulée depuis fin février.

Deux sources d’incertitude demeurent toutefois. Sur le plan opérationnel, la normalisation du trafic dans le détroit dépend du déminage et de la décision des armateurs de reprendre les transits. Sur le plan diplomatique, le report des pourparlers en Suisse et le maintien d’un discours ferme côté américain rappellent que la fenêtre de 60 jours reste ouverte sur plusieurs issues.

Pour les trésoriers, la configuration est inversée par rapport aux semaines précédentes : la détente énergétique se matérialise, mais la BCE vient de relever ses taux sans cap clair pour septembre. L’enjeu n’est pas d’arbitrer immédiatement vers les maturités longues sur la seule base de l’accord, mais de suivre le Brent et la vitesse de réouverture d’Ormuz comme indicateurs avancés de la trajectoire BCE. Le scénario central reste le statu quo volatil : préserver la flexibilité et profiter du portage court terme tant qu’il est disponible.

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